Lexique

Lexique des proverbes régionaux : 40 termes pour comprendre les dictons

Proverbe ou dicton ? Adage ou maxime ? Langue d'oc, arpitan, brittonique : derrière les sagesses régionales de France se cache un vocabulaire précis. Ce lexique réunit quarante termes essentiels, classés en quatre familles, pour explorer les proverbes des terroirs et les langues qui les ont portés avec exactitude.

Comprendre le vocabulaire des proverbes régionaux

Qu’est-ce qui distingue un proverbe d’un dicton ? Un adage d’une maxime ? Et que signifient ces mots savants — parémiologie, diglossie, arpitan, brittonique — qui reviennent dès qu’on étudie les sagesses régionales de France ? Ce lexique réunit quarante termes essentiels pour qui veut explorer les proverbes des terroirs avec précision.

Nous les avons classés en quatre familles : les mots qui désignent les formes de sagesse elles-mêmes ; les grandes familles linguistiques du pays ; les langues régionales et leurs dictons ; et le vocabulaire technique du linguiste. Chaque définition éclaire le rapport du terme aux proverbes et aux langues de France.

Les mots de la sagesse : proverbe, dicton, adage, maxime

Avant d’explorer les langues, il faut distinguer les genres. Proverbe, dicton, adage, maxime, sentence, aphorisme : ces mots, souvent confondus, désignent des formes brèves de sagesse aux nuances précises. Notre lexique des citations, proverbes et adages approfondit ces distinctions, que voici appliquées au champ régional.

1. Proverbe — Formule courte, souvent rimée ou métaphorique, qui condense une vérité universelle ou une sagesse populaire. En breton, « Gwell eo plegañ eget terriñ » (« Mieux vaut plier que rompre ») fait l’éloge de la souplesse, tandis qu’en occitan « Cada aucèl tròba son nis bèl » (« Chaque oiseau trouve son nid beau ») dit l’attachement au sien. Les proverbes, transmis par l’oralité, reflètent les valeurs d’une communauté et servent de garde-fous moraux, comme « À chaque jour suffit sa peine » en français. Ils sont aussi des marqueurs culturels, liés à une langue vernaculaire ou régionale.

2. Dicton — Formule courte et mémorable, souvent liée à un phénomène naturel ou calendaire, comme En avril, ne te découvre pas d’un fil en français. En langue d’oc, le dicton Quand lo solèu de març brusa, lo blat perd sa jus (« Quand le soleil de mars brûle, le blé perd sa sève ») guide les paysans. Contrairement au proverbe, le dicton est moins une leçon morale qu’une observation empirique.

3. Adage — Formulation sentencieuse héritée du droit romain, souvent reprise en langue courante pour énoncer une règle de conduite ou une sagesse populaire. Les adages, comme Nul n’est censé ignorer la loi, s’apparentent aux proverbes par leur autorité morale, mais s’en distinguent par leur origine savante et leur caractère plus abstrait. En langue d’oïl, l’adage Qui vivra verra illustre cette tendance à la prudence face à l’avenir, tout comme en basque l’adage Ezin da erretzen zeruaren azpian (« On ne peut moissonner sous le ciel »), qui souligne l’impuissance humaine.

4. Maxime — Formule brève et morale, souvent issue de la philosophie ou de la littérature, comme celles de La Rochefoucauld : Les vieillards aiment à donner de bons préceptes, pour se consoler de n’être plus en état de donner de mauvais exemples. En occitan, Mistral a formulé des maximes comme Lo plus grand malaut es l’ignorància (« Le plus grand malade est l’ignorance »). Contrairement au proverbe, la maxime est généralement énoncée par un auteur identifiable.

5. Sentence — Énoncé moral ou juridique, plus long et solennel qu’un proverbe, souvent issu de la tradition écrite (droit coutumier, littérature). En moyen français, « Nul ne plaide gratis » résumait le principe des épices (honoraires judiciaires), tandis qu’en breton « Ne vev ket an den dre ar c’haoc’h hep labour » (« On ne vit pas de la chasse sans travail ») souligne l’éthique du labeur. Contrairement au proverbe, la sentence a une autorité normative, comme les maximes juridiques en ancien français (« Nul ne peut se faire justice soi-même »).

6. Aphorisme — Énoncé concis et percutant, souvent philosophique ou scientifique, visant à résumer une vérité générale en peu de mots. Contrairement au proverbe, l’aphorisme est généralement attribué à un auteur précis, comme La vie, c’est ce qui arrive quand on a d’autres projets de Woody Allen, ou en occitan Lo temps es un malaut que se guaris (« Le temps est un malade qui se guérit lui-même »), formulé par Frédéric Mistral. Il se distingue aussi par son style élégant et parfois paradoxal.

7. Sagesse populaire — Ensemble des connaissances, croyances et maximes transmises oralement par une communauté, souvent condensées en proverbes ou dictons. En basque, « Zerbitzu ona, erremedio onena » (« Un bon service, le meilleur remède ») résume une éthique de l’entraide. Cette sagesse, liée à l’oralité et aux langues vernaculaires, sert de guide moral (« À cœur vaillant, rien d’impossible ») ou pratique (« En avril, ne te découvre pas d’un fil »). Elle est aussi un marqueur identitaire, comme les dictons catalans sur la pluie ou les proverbes corses sur l’honneur.

8. Locution — Groupe de mots figé, dont le sens global diffère de la somme de ses composants. En français, avoir le cafard est une locution, tout comme en breton Kaout ar c’hazh en e benn (« Avoir le chat dans la tête », pour « être déprimé »). Les locutions sont fréquentes dans les proverbes régionaux, comme Faire d’une pierre deux coups en français, équivalent à Faire un coup à deux en arpitan.

9. Idiotisme — Expression propre à une langue, dont le sens ne peut être déduit de la somme de ses mots. En français, prendre ses jambes à son cou est un idiotisme, tout comme en breton Lakaat e benn er poultr (« Mettre sa tête dans la poussière ») pour « s’humilier ». Ces tournures, souvent liées à des proverbes, reflètent la créativité linguistique des parlers régionaux.

10. Régionalisme — Trait propre à une langue régionale ou à un usage local du français, qu’il s’agisse d’un mot, d’une tournure ou d’un proverbe. Les régionalismes colorent la langue de chaque terroir : un dicton « bien de chez nous » repose souvent sur un régionalisme lexical ou syntaxique. Ils sont la trace vivante, dans le français courant, des langues d’oc, d’oïl ou germaniques qui l’ont nourri.

Les grandes familles de langues de France

La France n’est pas monolingue par nature. Sur son sol coexistent plusieurs langues romanes et germaniques, dont les proverbes portent la trace. Comprendre cette géographie linguistique éclaire la diversité des sagesses régionales, panorama que prolonge notre top 100 des proverbes régionaux de France.

11. Langue d’oïl — Ensemble de dialectes romans du Nord de la France, dont le français standard est issu. Elle inclut le picard, le normand ou le bourguignon, chacun avec ses proverbes, comme Petit à petit, l’oiseau fait son nid en français, ou Quand l’iau monte, faut boucher l’iau en ch’ti (« Quand l’eau monte, il faut boucher le trou »). Ces langues partagent des structures syntaxiques proches du français moderne.

12. Langue d’oc — Ensemble de dialectes romans du Midi de la France, appelé aussi occitan. Elle possède un vaste répertoire parémiologique, comme Qui non risga en junh, risga en plor (« Qui ne rit en juin, pleurera en hiver »), qui souligne l’importance de la joie saisonnière. La langue d’oc a aussi donné naissance à des expressions comme far un malaut de paper (« faire un malade en papier », c’est-à-dire exagérer).

13. Occitan — Langue romane du Midi de la France, divisée en plusieurs dialectes (gascon, provençal, languedocien). Son patrimoine parémiologique est immense, comme A qui Dieu n’i dona, sant Pere i perdona (« À qui Dieu ne donne rien, saint Pierre le pardonne »), qui souligne l’importance de la Providence. L’occitan a aussi des expressions proverbiales comme Far lo gat mort (« Faire le chat mort », pour « faire le mort »).

14. Gascon — Dialecte de l’occitan parlé en Gascogne, connu pour son accent chantant et ses expressions métaphoriques. Proverbes comme L’ome que parla trop, perd lo sen (« L’homme qui parle trop perd le sens ») illustrent une méfiance envers la verbosité. Le gascon a aussi des jeux de mots, comme Aver lo gascon d’un ome (« Avoir le gascon d’un homme »), signifiant « être rusé comme un Gascon ».

15. Arpitan (francoprovençal) — Langue romane traditionnelle des Alpes et du Massif central, encore parlée en Suisse romande, Savoie et Lyonnais. Appelé aussi patois ou savoyard, l’arpitan possède un riche patrimoine parémiologique, comme le dicton Quand l’arpitan chante, le mauvais temps s’en va, reflétant son ancrage dans la vie rurale. Des auteurs comme Amélie Gex ont contribué à sa littérature, mêlant proverbes et chansons, tels L’ârgint et l’or, c’est l’ârgint qui porte (« L’argent et l’or, c’est l’argent qui l’emporte »).

16. Romane (langue romane) — Langue issue du latin vulgaire, parlée dans la Romania (Europe du Sud et certaines régions de France). Le français, l’occitan, le francoprovençal ou le catalan en sont des exemples, mais aussi des parlers comme le poitevin-saintongeais. Ces langues, malgré leur fragmentation, partagent des structures comme l’ordre sujet-verbe-objet et des proverbes similaires (« A bon entendeur, salut » en français et « A bon entendedor, pauc paraules » en occitan). Leur étude révèle des substrats préromains (gaulois, ibère) ou des adstrats germaniques (francique, gotique).

17. Alémanique — Groupe de dialectes germaniques parlés en Alsace, dans le sud de l’Allemagne et en Suisse alémanique. En Alsace, l’alémanique (ou alsacien) a donné des expressions comme « s’isch ebbis loss » (« c’est quelque chose de perdu »), reflétant une culture frontalière mêlant français et germanique. Les proverbes alémaniques, comme « Morgenstund hat Gold im Mund » (« L’heure du matin a de l’or dans la bouche »), soulignent l’importance du travail, un thème universel. Cette langue, en diglossie avec le français, est un patrimoine immatériel reconnu par l’UNESCO depuis 2021.

18. Brittonique — Sous-groupe des langues celtiques incluant le breton, le gallois et le cornique, parlées en Bretagne historique. Le breton, avec des proverbes comme « Ar c’hazh a gomz, an alarc’h a gan » (« Le chat parle, la sterne chante »), illustre une oralité vivace malgré la domination du français. Les traces toponymiques (comme Plou- « paroisse » ou Kemper « confluent ») rappellent l’expansion brittonique depuis la Grande-Bretagne au Ve siècle. Le substrat brittonique influence encore le français régional, avec des mots comme « goéland » (du breton gouelan).

Vieux dictionnaire de langue régionale ouvert avec loupe, plume et notes manuscrites sur les dialectes de France

Les langues régionales et leurs dictons

Chaque langue régionale a forgé son corpus proverbial. Du breton à l’alsacien, ces idiomes — parfois menacés — conservent une sagesse irremplaçable, comme en témoigne notre guide des proverbes alsaciens.

19. Basque (euskara) — Langue isolée, non indo-européenne, parlée au Pays basque français et espagnol. Son système parémiologique est riche en métaphores animales, comme Oilo batek bere kumea ezagutzen du (« Une poule reconnaît ses poussins »), équivalent de Tel père, tel fils. Les proverbes basques, souvent liés à la terre et aux animaux, jouent sur les dualités, comme Zazpi urtez ardo, eta zortzigarrez herdo (« Sept ans à boire du vin, huit ans à en garder les remnants »).

20. Breton (brezhoneg) — Langue celtique de la famille brittonique, parlée en Bretagne. Ses proverbes, ou lavaroù, sont marqués par une structure poétique et une sagesse pratique, comme Gwelloc’h karout ha bezañ karet eget bezañ karet hep karout (« Mieux vaut aimer et être aimé que d’être aimé sans aimer »), qui souligne l’importance des sentiments authentiques. Le Félibrige a parfois puisé dans ce fonds pour ses propres créations.

21. Picard — Langue d’oïl parlée dans le nord de la France, en Picardie et dans une partie du Nord-Pas-de-Calais, ainsi qu’en Belgique wallonne. Elle a donné naissance à de nombreux proverbes comme « Qui va à la chasse perd sa place », attestés dans des recueils du XVIe siècle. Le picard, avec ses variantes comme le ch’ti, est aussi un substrat pour le français régional, où des tournures comme « ch’est mi » (« c’est moi ») persistent. Son lexique, mêlé au flamand dans l’est, illustre la diglossie entre langue locale et français standard.

22. Gallo — Langue d’oïl parlée en Haute-Bretagne, souvent confondue avec le breton. Son fonds parémiologique inclut des dictons comme Quand l’gallo chante, l’pléiades montent (« Quand le gallo chante, les Pléiades montent »), lié aux cycles agricoles. Des expressions comme Té, ça va come un Breton en galère (« Ça va comme sur des roulettes ») montrent son intégration dans la culture locale.

23. Wallon — Langue d’oïl parlée en Wallonie (Belgique) et dans le nord-est de la France (Nord, Ardennes), avec des variantes comme le picard ou le lorrain. Riche en proverbes comme « Qui n’ris qu’un coup n’ris qu’à moitié », le wallon illustre la diglossie entre langue locale et français standard. Son lexique, mêlé au flamand dans l’est, montre des substrats celtiques et germaniques (ex. « tchèr » pour « cher »). La littérature wallonne, avec des auteurs comme Nicolas Defrêcheux, a préservé cette oralité avant sa standardisation tardive au XXe siècle.

24. Chleuh / chti (ch’ti) — Variété de langue d’oïl parlée dans le Nord-Pas-de-Calais, souvent appelée ch’ti ou patois. Son riche fonds parémiologique inclut des dictons comme Quand l’cat miaule, l’chiot pète (« Quand le chat miaule, le chien rote »), qui joue sur la rime et l’absurdité. Le terme chleuh, parfois péjoratif, désigne aussi les Allemands, illustrant comment une langue peut véhiculer des stéréotypes culturels.

25. Félibrige — Mouvement littéraire et linguistique fondé en 1854 pour défendre et promouvoir l’occitan. Ses membres, comme Frédéric Mistral, ont compilé des proverbes et créé des néologismes pour moderniser la langue. Le Félibrige a ainsi sauvé des locutions comme Qui que sias, sias benvengut (« Qui que tu sois, tu es bienvenu »), inspirée de la tradition occitane.

Carte linguistique ancienne de France montrant les aires des langues d'oïl, d'oc, du breton et du basque avec annotations

Le vocabulaire du linguiste et du folkloriste

Étudier les proverbes régionaux, c’est croiser plusieurs disciplines : linguistique, dialectologie, ethnologie. Quelques termes techniques permettent de mieux saisir comment ces sagesses se sont formées et transmises, un savoir qui complète notre page sur les proverbes français et les dictons de nos régions.

26. Parémiologie — Science qui étudie les proverbes, dictons, maximes et autres formes de sagesse populaire. En France, elle s’intéresse aux spécificités régionales, comme les proverbes bretons (Lavar a zo louzoù a barea) ou les dictons arpitans (Qui ne risga en junh, risga en plor). La parémiologie analyse aussi les variantes linguistiques, comme les calembours en ch’ti ou les métaphores en basque, pour comprendre leur rôle dans la culture.

27. Dialecte — Variante régionale d’une langue, distincte mais mutuellement intelligible avec d’autres variantes. En France, les dialectes comme le gascon ou le gallo sont des sous-ensembles de l’occitan ou du français, avec leurs propres proverbes et expressions. Par exemple, Aquò’s lo gascon ! (« C’est du gascon ! ») signifie « C’est incompréhensible », reflétant l’isolement relatif de ces parlers face au français standard.

28. Patois — Terme souvent péjoratif désignant une variété linguistique locale, perçue comme un déchet du français standard ou des langues régionales. Pourtant, le patois est un vecteur essentiel de la sagesse populaire et des proverbes, comme en occitan ou en francoprovençal où Si lo poulet koua pou li, l’iau boula pou li (« Si le coq chante pour lui, l’eau bout pour lui ») résume une logique de réciprocité. En linguistique, il est aujourd’hui préféré de parler de langue régionale pour réhabiliter ces parlers, tels le normand ou le bourguignon, riches en dictons météorologiques (« Quand le vent est au sud, pluie ou neige »).

29. Idiome — Système linguistique propre à une communauté, pouvant désigner une langue, un dialecte ou même un argot. L’idiome breton avec ses proverbes comme « Etre pobl e Breizh, evel bezan e tiegezh » (« Être peuple en Bretagne, comme être dans sa famille ») est un idiome celtique. En linguistique, le terme peut désigner des parlers très localisés, comme le « parler berrichon » ou le « gascon des Pyrénées », porteurs de régionalismes comme « bouèr » (boeuf). Contrairement à une langue standard, un idiome est souvent non normé et lié à une oralité forte.

30. Vernaculaire — Langue ou dialecte utilisé localement dans la vie quotidienne, par opposition à une langue officielle ou standardisée. Le wallon, le patois savoyard ou le corse sont des langues vernaculaires, porteuses de régionalismes comme « i fait frèd » (« il fait froid », en francoprovençal). Ces parlers, souvent dévalorisés, sont pourtant essentiels pour comprendre la sagesse populaire locale, comme les dictons agricoles bretons (« Glaw a viz, glaw a viz, met glaw a viz n’eo ket glaw a viz » « Pluie de mai, pluie de mai, mais pluie de mai n’est pas pluie de mai »). Leur étude relève de l’ethnolinguistique.

31. Diglossie — Situation linguistique où deux variétés d’une même langue coexistent, l’une dominante (souvent le français standard), l’autre réservée à des contextes familiaux ou locaux. En Alsace, le alsacien et le français illustrent cette diglossie, où l’on passe du « Mir welle ebbis esse » (« Nous voulons manger ») au français pour les démarches administratives. Ce phénomène, fréquent dans les régions frontalières, explique la résistance des proverbes en langue régionale face à la standardisation. Il révèle aussi des tensions sociales, comme en Corse où le corse et le français s’opposent parfois.

32. Substrat — Ensemble des éléments linguistiques laissés par une langue disparue et intégrés à une langue dominante. En français, des mots comme « chouette » (du gaulois cauo-) ou des tournures comme « il y a » (lat. illac est) trahissent le substrat gaulois ou latin. Pour les langues romanes, ce substrat explique des particularités syntaxiques, comme l’ordre verbe-sujet en occitan (« Veni lo vent » pour « Le vent vient »). En toponymie, des noms comme Parisii (peuple gaulois) ou Lugdunum (Lyon) en sont des traces tangibles.

33. Adstrat — Influence linguistique d’une langue sur une autre, sans domination politique, par contact prolongé. Le français a subi l’adstrat de l’italien (XVIe siècle) ou de l’arabe (Moyen Âge), comme dans « café » ou « algèbre ». En Alsace, l’alémanique a intégré des mots français (« l’auto » pour « la voiture ») et vice versa (« der Apfel » pour « la pomme »). Cet adstrat enrichit les langues régionales et leurs régionalismes, comme « un bagnard » (du provençal banh » « bain) dans le sud.

34. Koinè — Langue commune résultant du mélange de plusieurs dialectes, servant de lingua franca dans une région. Le grec koinè, né de la fusion des dialectes attique et ionien, a diffusé la culture hellénistique. En France, le français standard est une koinè née des parlers d’oïl, mais des koinès régionales persistent, comme le « français régional de Lorraine », mélange de lorrain, allemand et français. Ces koinès facilitent la transmission des proverbes au-delà des frontières linguistiques, comme « Quand le chat n’est pas là, les souris dansent », compris partout.

35. Toponymie — Étude des noms de lieux, qui révèle l’histoire et les langues d’une région. En Bretagne, les noms en -ac (comme Carhaix) trahissent un substrat brittonique, tandis qu’en Alsace, -heim (comme Mulhouse) signale une influence alémanique. Les proverbes s’appuient parfois sur ces noms : « Comme à Quimper, point de pain sans beurre » joue sur l’image gourmande de la Bretagne. La toponymie est ainsi un miroir des langues régionales et des échanges culturels, comme les noms en -court (du latin cortem) dans le nord de la France.

36. Folklore — Ensemble des croyances, rites et traditions populaires, souvent lié aux proverbes et aux langues vernaculaires. En Auvergne, les dictons agricoles (« Quand la Saint-Médard est passée, il ne gèle plus ») relèvent du folklore météorologique, tandis qu’en Corse, les chants polyphoniques accompagnent des récits moraux. Le folklore, parfois réduit à des stéréotypes (comme le folklore breton des menhirs), est en réalité un réservoir de sagesse populaire, où se mêlent histoire, religion et humour local. Il sert aussi à marquer une identité face à la globalisation.

37. Oralité (tradition orale) — Transmission des savoirs, des récits et des proverbes par la parole plutôt que par l’écrit. En occitan, les « contes à rire » ou les « ensenhaments » (enseignements moraux) se transmettaient de veillée en veillée, comme « Qui ne risque rien n’a rien », équivalent du français. L’oralité est cruciale pour les langues régionales menacées, où la mémoire collective repose sur des conteurs, des bergers ou des mères de famille. C’est par cette transmission de bouche à oreille que se sont conservés des corpus entiers, comme les proverbes corses de l’Île de Beauté, longtemps restés à l’état purement oral. Elle explique aussi la richesse des régionalismes dans les dictons, comme « À la Sainte-Catherine, tout bois prend racine » en francoprovençal.

38. Patrimoine immatériel — Ensemble des traditions orales, savoir-faire et expressions culturelles transmis de génération en génération, reconnus par l’UNESCO. En France, il inclut les conteurs saintongeais, les chants basques ou les proverbes créoles, comme « Saké pa ni granmèr » (« Le sucre n’a pas de grand-mère », pour dire que les dettes se transmettent). Ce concept, lié à la toponymie ou à l’oralité, protège des pratiques comme les « carnavals de langue d’oc », menacées par l’uniformisation linguistique. Il souligne l’importance des langues régionales comme vecteurs de ce patrimoine.

39. Métaphore — Figure de style qui associe deux réalités par analogie, souvent utilisée dans les proverbes. En breton, An avel a zegas ar c’homzoù (« Le vent apporte les mots ») compare la dispersion des rumeurs à la force du vent. En gascon, Lo temps es un medecin (« Le temps est un médecin ») utilise une image médicale pour évoquer la guérison des peines. Ces métaphores ancrent les proverbes dans l’imaginaire collectif.

40. Calembour — Jeu de mots basé sur l’homophonie ou la polysémie, souvent utilisé pour détourner un proverbe ou une locution. En français, il se rapproche des contrepèteries, comme Il faut prendre la vie du bon côté détourné en Il faut prendre la vie du bon laid pour jouer sur l’ambiguïté. En langue d’oïl, on trouve des calembours régionaux, comme Avoir le chti qui pète plus haut que le trou en ch’ti, où le calembour repose sur une image triviale.

Un glossaire pour voyager dans les langues de France

Ces quarante termes forment une boîte à outils pour qui veut explorer la richesse proverbiale des régions françaises. Derrière chaque mot — proverbe, patois, félibrige, brittonique — se cache une part de l’histoire linguistique du pays, faite de langues qui se sont superposées, mélangées, parfois effacées, mais qui survivent dans la sagesse populaire.

Maîtriser ce vocabulaire, c’est pouvoir lire les dictons régionaux non plus comme de simples curiosités, mais comme les témoins d’une civilisation orale d’une étonnante densité. Pour passer de la théorie à la pratique, parcourez notre top 100 des proverbes régionaux de France classés par région : vous y reconnaîtrez, à l’œuvre, tous les genres et toutes les langues décrits ici. La démarche du glossaire n’est d’ailleurs pas propre aux proverbes : on la retrouve dans tout travail sur une tradition littéraire, comme ce lexique de quarante termes du Siècle d’or de la littérature russe, qui clarifie de la même manière le vocabulaire d’une culture. Et pour mesurer la vitalité de ces langues sur le terrain, l’art populaire et les traditions régionales de France rappellent que les mots survivent d’abord dans les usages et la mémoire des terroirs.

Questions fréquentes

Le proverbe énonce une vérité générale, une sagesse universelle valable en tout temps (« Qui sème le vent récolte la tempête »). Le dicton, lui, est souvent plus concret et lié à une observation pratique, notamment météorologique ou calendaire (« Noël au balcon, Pâques au tison »). Dans le champ régional, les deux coexistent : un terroir produit aussi bien des proverbes de sagesse que des dictons agricoles calés sur les saisons. La frontière reste souple, et l'usage courant confond souvent les deux termes.

La parémiologie est la science qui étudie les proverbes, dictons, adages et autres formes brèves de sagesse populaire. Elle s'intéresse à leur origine, leur structure, leur diffusion et leurs variantes d'une langue ou d'une région à l'autre. Pour les proverbes régionaux de France, la parémiologie compare par exemple un même thème — la prudence, le travail — dans ses versions bretonne, occitane, basque ou alsacienne. C'est une discipline au croisement de la linguistique, de l'ethnologie et de l'histoire des cultures.

Ce sont les deux grandes familles de langues romanes parlées historiquement en France, nommées d'après leur façon de dire « oui ». Au nord, on disait oïl (d'où le français moderne) : ce sont les langues d'oïl, qui incluent le picard, le normand, le wallon, le gallo. Au sud, on disait òc : c'est la langue d'oc, ou occitan, avec ses dialectes (provençal, gascon, languedocien). À cela s'ajoutent d'autres langues non romanes (basque) ou intermédiaires (l'arpitan ou francoprovençal). Chaque famille a produit son propre fonds de proverbes.

L'arpitan, ou francoprovençal, est une langue romane distincte du français (langue d'oïl) et de l'occitan (langue d'oc). Il était parlé historiquement en Savoie, dans une partie du Dauphiné et du Lyonnais, ainsi qu'en Suisse romande et dans le Val d'Aoste italien. Son nom vient d'arpa, l'alpage : c'est la langue des montagnards. Longtemps ignorée et qualifiée à tort de « patois », elle est aujourd'hui reconnue comme une langue à part entière, dont les proverbes de montagne forment un patrimoine précieux.

Le mot « patois » est souvent employé, parfois avec une nuance péjorative, pour désigner une langue régionale ou un parler local perçu comme inférieur au français standard. Les linguistes préfèrent aujourd'hui parler de « langues régionales » ou de « dialectes », car des parlers comme l'occitan, le breton ou l'alsacien sont de véritables langues, avec leur grammaire, leur littérature et leur corpus de proverbes. Réduire ces langues à des « patois » a longtemps contribué à les dévaloriser ; les nommer correctement participe de leur reconnaissance.