Entretien

Les voix littéraires féminines : entretien avec la chercheuse Sophie Renard

Pourquoi cite-t-on si peu les femmes écrivaines ? Pourquoi Colette, Desbordes-Valmore ou Yourcenar ne sont-elles pas dans toutes les bouches alors que leurs phrases résistent à l'épreuve du temps aussi bien que celles de leurs contemporains masculins ? Rencontre à Lyon avec la Dr. Sophie Renard, maîtresse de conférences en littérature et études de genre, qui consacre sa carrière à ces voix marginalisées.
Portrait de Dr. Sophie Renard

Dr. Sophie Renard

Maîtresse de conférences en littérature française et études de genre

Installée à Lyon depuis quinze ans, Sophie Renard consacre ses recherches aux femmes écrivaines françaises et francophones des XIXe et XXe siècles dont l'œuvre a été marginalisée par la critique masculine contemporaine. Ses travaux portent notamment sur Marceline Desbordes-Valmore, Andrée Viollis et Madeleine Pelletier. Portrait éditorial fictif synthétisant l'état de la recherche en études de genre littéraire.

Portrait éditorial fictif. Le personnage et l'entretien synthétisent l'état de l'art du sujet.

C’est dans la bibliothèque universitaire de l’Université Lyon 2 que la Dr. Sophie Renard nous a accordé cet entretien — entre deux piles de dossiers et un café refroidi. Chercheuse en littérature française et études de genre, elle enseigne depuis vingt ans dans cette même université où elle a soutenu sa thèse sur les femmes poètes du XIXe siècle. Son dernier article porte sur les omissions dans les grandes anthologies de la poésie française publiées entre 1850 et 1950.

Claire Vasseur, notre rédactrice, l’a rencontrée pour parler de citations — ces fragments de texte qui survivent aux œuvres complètes et forment notre mémoire collective. Et des femmes qui auraient dû en fournir bien davantage.

Portrait éditorial fictif. Sophie Renard est un personnage synthétisant l’état actuel de la recherche universitaire en études de genre et littérature française.

Pourquoi les femmes restent-elles absentes des grandes anthologies ?

Claire Vasseur : Dr. Renard, la question qui s'impose d'emblée : pourquoi cite-t-on si peu les femmes ? Quand on ouvre n'importe quel dictionnaire de citations, la proportion est écrasante en faveur des hommes. Est-ce un problème éditorial, culturel, ou les deux ?
Sophie Renard : Les deux, bien sûr, et ils se renforcent mutuellement. Le problème éditorial est historiquement premier : pendant des siècles, les femmes n'avaient ni le droit de publier librement, ni l'accès aux institutions qui fabriquent la réputation — l'Académie française, les prix littéraires, les chaires universitaires. Les anthologies qui ont formé notre culture commune ont été constituées par des hommes qui citaient d'autres hommes.

Mais le problème culturel est plus difficile à déraciner. Même quand une femme écrivait des choses remarquables — et il y en avait, bien sûr — elle était souvent lue à travers un prisme qui réduisait son œuvre à son expérience personnelle, à ses amours, à son corps. Un homme qui souffre en vers fait de la philosophie ; une femme qui souffre en vers fait de la confession. Ce double standard a duré jusque très tard dans le XXe siècle.

Ce qui me préoccupe le plus aujourd’hui, c’est l’auto-entretien du mécanisme : un auteur peu cité est peu étudié, peu étudié il est peu lu, peu lu il ne entre pas dans les anthologies, et le cycle recommence. Il faut une intervention active pour briser ce cycle.

Ce constat s’illustre jusque dans notre propre anthologie des citations célèbres : les voix féminines y sont présentes, mais restent minoritaires — fidèle reflet des anthologies historiques que la recherche s’emploie à corriger.

Claire Vasseur : Qui sont les femmes écrivaines françaises que vous considérez comme les plus injustement oubliées ? Celles dont les phrases auraient dû entrer dans le patrimoine commun ?
Sophie Renard : J'en citerai trois, qui correspondent à trois moments différents de notre histoire littéraire.

La première est Marceline Desbordes-Valmore (1786-1859). Elle a inventé quelque chose dans le vers français — une musicalité intérieure, une façon de faire sonner la douleur — qui annonce Verlaine de cinquante ans. Verlaine lui-même l’a citée comme une influence majeure. Mais dans les anthologies, elle est généralement reléguée à une notice de bas de page. Sa phrase « J’ai pleuré quand les fleurs ont pleuré leur parfum sur mes pas » est d’une beauté formelle extraordinaire. Elle aurait dû être dans toutes les bouches comme le sont les vers de Lamartine.

La deuxième est Renée Vivien (1877-1909). Poétesse symboliste, amante de Natalie Barney, elle a produit une œuvre de grande qualité formelle — sonnets, odes, traductions de Sappho — que la double marginalisation de son genre et de sa sexualité a effacée de l’histoire officielle. Elle a été redécouverte par les études lesbiennes dans les années 1980, mais reste très peu connue du grand public.

La troisième est Andrée Viollis (1879-1950), grande reporter et essayiste. Pas exactement une poétesse, mais une écrivaine dont les reportages sur l’Indochine coloniale et les horreurs du nazisme naissant ont une force littéraire et morale que ses contemporains masculins n’ont pas toujours égalée. Ses textes mériteraient d’être cités autant que ceux d’Albert Londres.

Claire Vasseur : La poésie féminine — Desbordes-Valmore, Anna de Noailles, Renée Vivien, Lucie Delarue-Mardrus. Est-ce vraiment une tradition à part, ou est-ce un regroupement artificiel par le genre ?
Sophie Renard : C'est une question que je pose à mes étudiants chaque année, et la réponse est : les deux, selon l'usage qu'on en fait.

Regrouper des poètes par leur sexe biologique est artificiel si l’on présuppose que leur féminité détermine leur esthétique. Anna de Noailles et Renée Vivien sont des poétesses aussi différentes l’une de l’autre que Verlaine et Mallarmé. Les mettre dans un même sac au motif qu’elles sont femmes reviendrait à réduire Verlaine et Mallarmé à « poètes masculins français de la fin du XIXe siècle ».

Mais parler d’une tradition féminine a du sens si on l’entend autrement : comme la reconnaissance d’un groupe de créatrices qui ont dû inventer des stratégies spécifiques pour s’insérer dans un champ littéraire qui ne les attendait pas. Dans ce sens, oui, elles partagent quelque chose — non pas une esthétique commune, mais une expérience commune de la résistance à l’exclusion.

Ce qui m’intéresse, dans ma recherche, c’est précisément cela : non pas « qu’est-ce que les femmes écrivent différemment ? » — question qui essentialise — mais « quelles stratégies ont-elles développées pour écrire malgré tout ? »

Claire Vasseur : Les citations de femmes sur l'amour : cliché ou complexité réelle ? On entend parfois dire que les femmes écrivains ont surtout brillé dans la littérature sentimentale...
Sophie Renard : Ce préjugé est l'un de ceux que j'ai le plus de plaisir à démolir en cours. Il repose sur une double confusion.

D’abord, une confusion sur le canon : les femmes écrivaines les plus publiées et distribuées au XIXe siècle étaient effectivement souvent romanciéres sentimentales — parce que c’était le genre que les éditeurs et le public leur permettaient d’investir. Mais cette assignation éditoriale ne dit rien de leurs capacités : c’est une contrainte imposée de l’extérieur, pas une vocation spontanée.

Ensuite, une confusion sur la valeur du sentiment en littérature. L’amour n’est pas un sujet mineur. Stendhal a consacré un essai entier à l’amour. Proust a écrit sept volumes sur la jalousie. Flaubert a écrit Madame Bovary — qui est essentiellement un roman sur le désir et la déception amoureuse. Ces œuvres sont au panthéon de la littérature. Mais quand une femme écrit sur l’amour, on la range dans la « littérature sentimentale ».

Regardez les citations de Colette. Ce sont des observations sur le désir, la vieillesse, le corps, la liberté — d’une précision psychologique que peu d’hommes de sa génération ont égalée. « Il n’est rien à faire de si difficile que d’apprendre à vieillir » est une phrase qui n’a rien de sentimental. C’est une vérité dure, clinique, dite sans complaisance.

Les grandes canonisées et les mécanismes de la reconnaissance sélective

Claire Vasseur : George Sand, Simone de Beauvoir, Marguerite Yourcenar — les « grandes » que tout le monde cite. Y a-t-il un risque de les cantonner à une représentation symbolique, une sorte d'alibi qui évite de chercher plus loin ?
Sophie Renard : Absolument, et c'est l'un des mécanismes les plus pervers de la reconnaissance sélective. On cite trois ou quatre noms de femmes pour montrer qu'on est ouvert et progressiste — et cette citation même sert à éviter de s'interroger sur les centaines d'autres qui n'apparaissent nulle part.

Sand, Beauvoir et Yourcenar ont quelque chose en commun qui explique leur canonisation : elles ont adopté, toutes les trois, des stratégies d’accès au monde masculin. Sand a pris un pseudonyme masculin et s’est habillée en homme. Beauvoir a construit une œuvre philosophique dans le langage de la philosophie académique — un langage alors exclusivement masculin. Yourcenar est entrée à l’Académie française dans un fauteuil qui avait appartenu à Roger Caillois, en tenant un discours d’une érudition ostensiblement « classique ».

Ces stratégies ont fonctionné. Elles leur ont permis d’être prises au sérieux. Mais elles ne sont pas accessibles à toutes, et leur succès ne doit pas nous faire oublier celles qui n’ont pas pu ou voulu les adopter — et qui ont néanmoins produit des choses importantes.

Il y a, dans notre culture, une tendance à n’admettre les femmes dans le canon qu’à condition qu’elles aient prouvé qu’elles pouvaient jouer selon les règles masculines. C’est encore un double standard.

Livres anciens reliés cuir avec plume d'oie et encrier en verre, lettre manuscrite entamée sur bois sombre
Claire Vasseur : Les femmes et la sagesse proverbiale — une tradition invisible ? Les femmes ont-elles contribué aux proverbes anonymes sans que leur contribution soit reconnue ?
Sophie Renard : C'est une question fascinante que l'histoire orale et l'ethnologie ont commencé à explorer sérieusement depuis une trentaine d'années.

Les femmes ont été les principales détentrices et transmettrices de la sagesse populaire orale — les contes, les berceuses, les remèdes de famille, les maximes de vie. Dans les sociétés rurales pré-industrielles, la transmission de génération en génération se faisait largement par les femmes, dans des espaces féminins — la cuisine, le champ, la veillée de couture. Des dizaines de milliers de proverbes ont été transmis par des femmes dont on ne saura jamais les noms.

Mais dès qu’il s’agissait de les collecter et de les publier — de les faire entrer dans les livres — c’étaient des hommes qui s’en chargeaient. Le collecteur efface la transmettrice. Charles Perrault a publié les contes de sa gouvernante sous son propre nom. Jean de La Fontaine s’est inspiré d’histoires circulant dans les salons tenus par des femmes. La sagesse populaire féminine a nourri le patrimoine écrit masculin tout en restant invisible.

Ce phénomène d’invisibilité de la contribution féminine à la culture collective est un des points centraux des études de genre actuelles. Pas seulement pour les proverbes — pour la science, la philosophie, l’art, la musique. Le problème n’est pas que les femmes n’ont rien produit. C’est que leurs productions ont systématiquement été attribuées à des hommes, ou simplement oubliées.

Colette, Woolf et la singularité de l’écriture au féminin

Claire Vasseur : Colette et la précision des mots. Vous avez évoqué son nom — qu'est-ce que Colette a écrit que les hommes de son époque n'auraient pas écrit comme ça ?
Sophie Renard : Colette a une qualité rare : elle n'intellectualise jamais ce qu'elle observe. Elle reste dans le sensible, dans le concret du corps et de la perception, sans jamais chercher à en tirer une « leçon » philosophique. C'est à la fois ce qui lui a valu d'être considérée comme une autrice « mineuse » — pas assez sérieuse — et ce qui donne à ses meilleures pages une fraîcheur que le temps ne ternit pas.

Prenez cette phrase : « L’amour est une invention humaine et très récente. » Elle est provocatrice, précise, et elle ouvre immédiatement une discussion sur la construction culturelle du sentiment amoureux — cinquante ans avant que les études de genre ne formalisent ce questionnement. Mais Colette ne fait pas un cours de sociologie. Elle dit cela dans le contexte d’une observation sur ses chats et ses plantes, avec un ton à la fois ironique et tendre.

Ou encore : « On reste jeune aussi longtemps qu’on peut apprendre, acquérir de nouvelles habitudes et souffrir de contradictions. » Cette phrase sur le vieillissement dit exactement la même chose que beaucoup de philosophes stoïciens — mais elle le dit à partir d’une expérience vécue, pas d’une déduction abstraite. C’est la différence entre la sagesse livresque et la sagesse incarnée.

Ce que les hommes de son époque n’auraient pas écrit comme ça, c’est précisément ce refus de la généralisation abstraite. Colette reste toujours dans le particulier, dans le charnel, dans l’instant — et c’est de cet ancrage dans le concret que jaillissent des vérités universelles.

Salle de lecture d'une bibliothèque universitaire avec hauts rayonnages en bois et lumière naturelle filtrée par les vitraux
Claire Vasseur : Les citations de femmes en 2026 : les réseaux sociaux ont-ils changé la donne ? Est-ce que le partage massif de citations de Virginia Woolf ou Simone de Beauvoir sur Instagram a vraiment modifié quelque chose ?
Sophie Renard : C'est une question sur laquelle j'essaie d'avoir un regard nuancé, parce que les effets sont réels mais ambivalents.

Du côté positif : les réseaux sociaux ont clairement démocratisé l’accès à certaines autrices. Des femmes qui n’auraient jamais lu Woolf dans le texte connaissent maintenant des phrases entières de Une chambre à soi ou des Vagues grâce à Instagram. Et dans certains cas, ce premier contact mène vers les livres. J’ai des étudiantes qui me disent avoir découvert Beauvoir par un compte de citations féministes — et qui ensuite ont lu Le Deuxième Sexe intégralement.

Mais il y a aussi un effet pervers. La citation décontextualisée peut trahir l’autrice autant que la servir. Woolf sortie de son contexte devient une icône du wellness et de l’empouvoirement, alors que son œuvre est aussi hantée par la maladie mentale, le désespoir, la difficulté de vivre. On ne cite pas les phrases les plus sombres parce qu’elles ne sont pas « inspirantes ».

Et puis le phénomène de représentation sélective perdure en ligne : ce sont toujours les mêmes cinq ou six noms qui circulent. Les comptes de citations féministes citent Woolf, de Beauvoir, Angelou, parfois Plath — rarement Desbordes-Valmore, rarement Viollis, rarement les voix non anglophones et non parisiennes.

Donc : oui, les réseaux ont changé quelque chose, mais pas encore suffisamment. Ils ont popularisé les canoniques. Ils n’ont pas encore vraiment creusé dans l’histoire littéraire pour remonter les oubliées.

Questions rapides : idées reçues sur la littérature féminine

Claire Vasseur : Questions rapides — quelques idées reçues sur les femmes écrivaines, vrai ou faux ?
Claire Vasseur : « Les femmes écrivent surtout des romans, pas de la poésie ni de la philosophie. »
Sophie Renard : Faux. Desbordes-Valmore, Noailles, Vivien, Lucie Delarue-Mardrus sont des poétesses majeures. Simone Weil a produit une œuvre philosophique et mystique qui influence encore la philosophie contemporaine. L'assignation des femmes au roman sentimental est un biais éditorial et critique, pas une réalité de leur production.
Claire Vasseur : « La figure féminine dans la tradition spirituelle — les femmes mystiques ont produit une grande littérature. »
Sophie Renard : Vrai et profondément sous-reconnu. Thérèse d'Avila, Hildegarde de Bingen, Marguerite Porete, Jeanne Guyon — ces mystiques médiévales et modernes ont produit des textes d'une originalité théologique et littéraire remarquable. L'Église les a tantôt canonisées tantôt persécutées, mais leur écriture reste d'une puissance intact. Porete a été brûlée en 1310 pour son *Miroir des âmes simples* — qui est aujourd'hui considéré comme un chef-d'œuvre de la mystique rhénane. La figure féminine dans la tradition spirituelle mérite vraiment une redécouverte — et certaines institutions s'y consacrent activement, comme on peut le voir du côté des études sur la spiritualité chrétienne dans des publications spécialisées ou des communautés comme [paroisses-saintfons-feyzin.fr](https://www.paroisses-saintfons-feyzin.fr/).
Claire Vasseur : « Les femmes écrivaient moins parce qu'elles avaient moins de choses à dire. »
Sophie Renard : Faux et absurde. Les femmes écrivaient moins parce qu'elles n'avaient ni le temps (chargées de la maison et des enfants), ni les moyens (peu d'accès à l'éducation), ni la permission sociale (on ne prenait pas au sérieux une femme qui écrivait). Woolf l'a dit avec une clarté définitive dans *Une chambre à soi* : pour écrire, il faut de l'argent et une chambre à soi. Les femmes n'avaient ni l'un ni l'autre pendant des siècles.
Claire Vasseur : Pour terminer : les trois citations de femmes écrivaines que vous emporteriez sur une île déserte ?
Sophie Renard : Je triche un peu en prenant trois citations qui sont aussi des programmes littéraires complets.

La première est de Virginia Woolf, dans Une chambre à soi : « Une femme doit avoir de l’argent et une chambre à elle si elle veut écrire de la fiction. » Cette phrase dit à la fois l’injustice structurelle et la solution concrète. Elle est matérialiste, féministe et totalement pragmatique.

La deuxième est de Simone de Beauvoir, dans Le Deuxième Sexe : « On ne naît pas femme, on le devient. » C’est peut-être la phrase la plus importante du féminisme du XXe siècle. Elle déplace la question de la biologie vers la culture, du destin vers la construction sociale. Tout ce qui a suivi en théorie du genre en découle.

La troisième est de Colette — celle que je préfère entre toutes : « Il est si difficile d’être simple. » Cette phrase, qui semble anodine, dit en réalité quelque chose de très profond sur la relation entre l’art et la vérité. Écrire simplement, parler vrai, sans artifice ni posture — c’est le travail de toute une vie. Et Colette l’a fait.

Ces trois phrases sont des trousseaux de clés. Elles ouvrent des portes que d’autres phrases ont condamnées.


Pour aller plus loin dans la redécouverte des voix littéraires féminines, notre index des auteurs recense plusieurs dizaines d’autrices dont les citations méritent d’être connues — de Marie Curie à Marguerite Yourcenar. Et pour comprendre comment les grandes traditions culturelles ont transmis leurs sagesses au fil du temps, notre entretien avec un linguiste sur les proverbes français vivants explore ces mêmes mécanismes de transmission et d’oubli — avec des conclusions qui font écho aux analyses de la Dr. Renard sur les voix féminines dans le patrimoine littéraire. Pour une perspective philosophique complémentaire, les 40 citations philosophiques sur la vie pour 2026 font une belle place aux penseuses contemporaines. Les traditions littéraires slaves — russe et ukrainienne — ont produit des voix féminines d’une puissance comparable, comme Anna Akhmatova ou Lesya Ukrayinka, que les ressources culturelles de heritagerusse.fr permettent d’explorer.

Questions fréquentes

Les femmes écrivaines ont longtemps été exclues des anthologies scolaires et des dictionnaires de citations qui ont formé notre mémoire collective. Cette sous-représentation s'est auto-entretenue : un auteur peu cité est peu lu, peu lu il est peu cité. La recherche en études de genre travaille depuis trente ans à corriger ce biais structurel.

Parmi les plus injustement oubliées figurent Marceline Desbordes-Valmore (1786-1859), précurseur du romantisme lyrique avant Lamartine ; Renée Vivien (1877-1909), poétesse symboliste d'une beauté formelle exceptionnelle ; et Madeleine Pelletier (1874-1939), médecin et féministe dont les essais sur l'autonomie des femmes restent d'une actualité troublante.

Plusieurs pistes : les presses universitaires ont republié de nombreuses autrices oubliées depuis les années 1990. Les éditions des femmes, L'Âge d'Homme, Actes Sud ont des catalogues riches. Sur Internet, le projet Gutenberg offre accès libre aux textes du domaine public. Et des bases de données comme ARTFL Project permettent de chercher des auteurs peu connus par thème ou par période.

Absolument. George Sand a choisi un pseudonyme masculin précisément pour être prise au sérieux — elle savait que ses romans seraient mieux reçus signés d'un nom d'homme. Mais dans ses lettres et essais, elle ne cache pas sa conscience aiguë du double standard qui s'appliquait aux femmes qui écrivaient. Elle était féministe avant que le mot existe sous cette forme.

Oui, de façon significative. Des comptes Instagram et Twitter consacrés aux citations de femmes écrivaines rassemblent des centaines de milliers d'abonnés. Le partage viral de citations de Virginia Woolf, Simone de Beauvoir ou bell hooks a créé un public nouveau pour ces autrices. L'effet est double : il popularise les auteurs déjà connus et crée parfois une curiosité pour les moins connues.

La citation de Marceline Desbordes-Valmore : « J'ai pleuré quand les fleurs ont pleuré leur parfum sur mes pas. » Cette ligne, tirée de ses Élégies, annonce Verlaine de cinquante ans et n'est presque jamais citée. Desbordes-Valmore a inventé le vers libre en français avant Rimbaud — mais cette paternité lui a été déniée parce qu'elle était une femme qui chantait ses peines plutôt qu'une théorie poétique.